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Le pari de l’intelligence

“Et si l’on faisait le pari de l’intelligence?” amorçait dans son denier édito François Kermoal, directeur de la rédaction du magazine Stratégies en France, dédié à la communication. Allant contre les idées reçues qu’il faut, dans un média de masse, ne pas faire trop intelligent pour faire de l’audience, il présente les succès de plusieurs projets européens qui misent sur un côté “intello”. Et ici, à Montréal, qu’en est-il? Est-on prêt à investir davantage dans des contenus plus riches, avec, à la clé, un modèle d’affaire viable?

Ted a lancé un modèle de conférence qui met de l'avant des penseurs dans diverses sphères économiques et sociales. Un succès incontestable dans le monde entier.

Ted a lancé un modèle de conférences qui met de l'avant des penseurs dans diverses sphères économiques et sociales. Un succès incontestable dans le monde entier.

Plusieurs études démontrent que, globalement, les internautes souhaitent que le contenu gratuit sur la toile le reste…mais se disent prêts à payer pour des contenus plus approfondis. Car si le web a ce pouvoir de diffuser de l’information instantanée, la profondeur est parfois compromise au profit de la rapidité et de la synthèse . Alors que de nombreux médias américains et français s’essaient à faire payer pour du contenu très spécialisé, plusieurs formules, en ligne et hors-ligne démontrent que les modèles d’affaires basés sur des contenus de qualité sont payants, tant du point de vue du lectorat que de la publicité.

Dans son papier, le magazine Stratégies prend l’exemple de plusieurs succès “intellos”: le très bon magazine Philosophie, tiré à 50 000 exemplaires et rapidement élu nouveau magazine de l’année peu de temps après son lancement. Le magazine Psychologies est également cité en exemple, avec un modèle qui s’est maintenant exporté dans le monde entier, et qui est tiré, en France, à 339 515 exemplaires. Toujours dans l’édition, la “brique” XXI, un magazine hybride, vendu à la fois en kiosque magazines et en librairies, au prix de 15 euros (cher donc) pour 220 pages de contenus, sans aucune publicité. Un pari gagnant pour les deux éditeurs puisque la revue atteint plus de 200 000 euros de profit dans la dernière année.

Le trimestriel XXI, un modèle de magazine sans pub, qui mise sur des contenus "de fond", un élément rare dans l'édition magazine.

Le trimestriel XXI, un modèle de magazine sans pub, qui mise sur des contenus "de fond", un élément rare dans l'édition magazine.

A tous ces exemples on peut ajouter la revue londonienne de Tyler Brulé, Monocle, qui réussit, chaque mois, à renouveler le genre du magazine avec des sujets couvrant à peu près tous les champs d’intérêts (design, culture, affaires, mode, littérature) du lecteur type: curieux et ouvert sur le monde. En ligne, le site Monocle jongle parfaitement avec des contenus léger (un reportage sur une manufacture de vélos design) à des contenus plus engagés (la place des médias dans le conflit israélo-palestinien).

Côté événement, les conférences TED sont un modèle à suivre: des prestations live pour une poignée de privilégiés sur des sujets économiques et sociaux d’actualité, avec de grands penseurs, philosophes, économistes, prix Nobel ou sociologues. Le tout est ensuite retransmit sur leur site web, qui est commandité par de grandes marques (BMW, GE). Une nouvelle façon de financer du contenu, sans publicité directe. Le succès dans les milieux d’affaires est tel que le modèle a commencé à s’exporter en Europe il y a quelques mois.

La presse quotidienne mise elle aussi sur de nouvelles idées de contenus, qui permettent d’aller plus loin dans la réflexion. Les sites Internet du Monde et de Libération en France, qui donnent de l’information quoditienne, ont tous deux lancé un magazine papier , qui permettent davantage d’analyses, de recul, de reportages (Le Monde magazine et Libération Next). Reste à savoir si ces deux modèles seront viables – financièrement, à long terme. Ici au Québec, nous attendons la nouvelle revue d’affaires de Transcontinental, Premium.

Sur le web, en imprimé, en événement ou en télé, quelques projets de contenus “intellos” font donc l’unanimité. Mais la plupart de ces projets sont nés de la force de conviction (ou d’investissement, c’est selon) d’entrepreneurs qui croient encore en une certaine qualité de l’information. A côté de quoi, on retrouve, bien trop souvent, l’habituelle médiocrité (voire bêtise) de certains programmes télé, sites web ou magazines au contenus… globalement inexistants.

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1 Comment February 23, 2010

Et demain, quel avenir pour l’information?

Selon un récent article d’El Pais, la moyenne quotidienne d’exemplaires de journaux vendus est passée de 69 à 49 millions depuis l’avènement du web aux États-Unis, et une centaine de quotidiens ont dû renoncer à leur version de papier. Le lectorat de la presse en ligne, lui, a crû de 75 millions d’individus. Pourtant, pour le moment, produire un journal intégralement sur le web, c’est renoncer à 90% de ses recettes selon le même article. Alors, entre remise en cause des modèles d’affaires et changements de comportement des lecteurs dans le monde, quel sera le nouveau visage de l’information et son impact sur Montréal?

courrier
La une du Courrier International du 18 juin, consacrée à l’avenir de la presse, dresse un portrait mitigé

Un numéro spécial de Courrier International tentait de répondre à cette large question dans son édition du 18 juin 2009 en interrogeant des spécialistes américains et européens des grands réseaux médias. Pour les uns, comme Bernard Poulet, auteur de La fin des journaux, le lectorat de la presse généraliste de qualité ne cesse de se raréfier et de vieillir. Selon lui, les quotidiens se sont rapprochés de la presse gratuite en matière de contenus et en ont favorisé leur essor.

Indice #1 : Les médias doivent avoir une identité forte et créer une communauté de fidèles
Il note que les journaux dits « de créneaux » s’en sortent globalement mieux : un lectorat ciblé qui constitue une communauté et un contenu qui se démarque de la masse de ce qu’on trouve sur le web. Ainsi, il cite le magazine français XXI – un modèle d’imprimé à surveiller, mais nous pourrions aussi bien parler de succès comme Marianne en France ou, plus récemment, Monocle en Grande-Bretagne, sur l’idée du très visionnaire Tyler Brulé. Tous ont un point commun : une véritable identité, de contenu d’abord, mais également de marque. Monocle a ouvert une boutique, en ligne et physique, pour vendre les produits cocréés par des designers du monde entier. Marianne, journal satirique engagé, s’est construit sur la notion de « club » de lecteurs. Bien entendu, la double crise – économique et structurelle – touche tout le monde, y compris ces modèles gagnants, qui souffrent cependant moins que leurs grands frères généralistes, en partie à cause d’une structure plus souple et d’un lectorat davantage ciblé, donc un marché publicitaire plus concentré.

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Le magazine, le web et la boutique Monocle: le trio gagnant de Tyler Brulé

Indice #2 : De la survie du journalisme, de la bataille de l’information…
Pour d’autres, comme le blogueur Clay Shirky, rien ne sert de se demander aujourd’hui quel modèle remplacera l’imprimé. Selon lui, rien ne marchera. « Il n’existe aucun modèle pour remplacer celui qu’internet vient de détruire. » Mieux vaut se pencher sur de nouveaux modèles de rédaction et sur la survie du journalisme tel que nous le connaissons. Car si la presse d’information joue un rôle essentiel dans nos sociétés (les récents événements en Iran et « l’effet Twitter » en témoignent), les modèles reposant sur des rédactions de plusieurs centaines de collaborateurs pour faire vivre un imprimé ne sont plus viables. L’article prend l’exemple d’un journal en Afrique, Next, qui, obligé de partir de zéro pour lancer son édition, a formé des journalistes multidisciplinaires : vidéastes, photographes, en retouche d’image, rédaction web et imprimée. La souplesse de l’équipe fait sa force. Un modèle qu’il faudrait observer de plus près…

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Le modèle d’information Next, en Afrique, basé sur la polyvalence et la flexibilité des rédaction: un succès à suivre

Beaucoup de questions posées, peu de réponses fermes. La qualité et la pertinence de l’information restent pour plusieurs un avantage qui fera recette à long terme. Les titres qui ont réussi ou parviendront à développer une identité de marque forte et un lectorat de créneau, le tout couplé à une structure de rédaction souple et intégrée, sortiront plus forts de cette crise. Et en observant bien les réactions des structures des médias québécois, force est de constater que la convergence des contenus et la polyvalence des journalistes représente l’une des avenues sur lesquelles le plus de joueurs ont misé.

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