Quoi? Les bottes Sorel seraient-elles en passe de devenir la nouvelle icône des podiums parisiens? La nouvelle peut faire sourire mais à en croire la papesse de la rue saint-honoré, Colette, qui possède la boutique éponyme, c’est l’accessoire indispensable pour passer l’hiver au chaud… et être tendance, tout comme plusieurs autres produits canadiens. La boutique a d’ailleurs commencé le mois de septembre sous le thème “We Love Canada”, avec plusieurs collaborations avec les marques Canada Goose et Roots. Et bientôt? Les couvertures de la Baie d’Husdon? La tire sur neige dans les bistros? À l’approche de l’hiver, et alors que la poutine devient “in” à New York, lumière sur cette déferlante de produits québécois (et canadiens) dans la capitale de la mode.

Les bottes Sorel, de fabrication canadienne, débarquent à Paris, dans une version limitée et numérotée, vendue 400 dollars
La boutique Colette est bien connue à Paris des fashionistas, car elle se spécialise dans l’import de produits mode (vêtements, accessoires, souliers) et haut de gamme. C’est chez Colette que sont apparues les premières Nike en édition limitée dénichées à New York, ou les bouteilles d’eau Voss, maintenant distribuées presque partout. La boutique des influenceurs par excellence, un brin clichée, évidemment. Plusieurs modèles de bottes Sorel sont vendues dans la boutique parisienne en version limitée à 50 exemplaires. La description sur le site de la boutique est un peu décalée… et très parisienne:
“Boots Caribou en cuir pleine fleur riche et soyeux, chausson amovible en laine et feutrine, doublure en peau de mouton et coque imperméable en caoutchouc vulcanisé côtoieront ainsi les surpiqûres « bleu colette ». La botte sera fournie avec deux jeux de lacets : bleu et marron. Edition limitée et numérotée.”

Le filtre à eau Aquaovo, que Philippe Holl, de l'agence nouvellement créée CH&C, veut installer dans des endroits design de Paris
L’anectote étant soulevée, plusieurs produits québécois et canadiens sont récemment arrivés sur le marché français et ont rapidement été élevés au statut ”d’objets mode”. Le manteau d’hiver Canada Goose, par exemple, peut être apperçu sur le dos des jeunes gens branchés, flanqué du logo de la boutique Colette. Philippe Holl, publicitaire français, a d’ailleurs profité de la tendance pour lancer sa propre agence, CH&C. Une boite qui fait le pont entre les deux pays, pour distribuer de nouveaux produits, dans les deux sens. À Paris, l’agence a ouvert le Canada Lab, une salle de montre pour bloggeurs, journalistes et acheteurs, qui pourront découvrir différents produits québécois, dont le filtre à eau design Aquaovo. Philippe Holl croit d’ailleurs que plusieurs produits québécois ont un fort potentiel d’expansion. ” Nous essayons d’installer la marque Aquaovo à Paris, dans des endroits branchés et design comme The Conran Shop ou la galerie Sentou. L’acceuil pour ces produits est plus que favorable en ce moment”.
Parmi les marques qui ont du potentiel selon Philippe? La marque de sport Lululemon et la marque Roots, déjà lancée sur le marché français il y a quelques années, sans grand succès.
Surveillons donc les étals des boutiques et lieux branchés parisiens dans les prochains mois, à la recherche du produit québécois qui sera le nouveau “must have”.
MAJ. sur les conseils de Frédéric B, dont vous pouvez voir le commentaire ci-bas, les bottes Sorel appartiennent à une entreprise canadienne, et non québécoise.
October 5, 2010
Fini l’époque où seule la marque de notre voiture ou de notre montre servait à affirmer notre statut social. Aujourd’hui, rien n’est plus important que le statut virtuel: nombre d’amis, nombre de mises à jours, qualité des statuts et endroits fréquentés. L’ascension sociale commence désormais derrière l’écran.

De plus en plus, la définition du statut social passe par la reconnaissance acquise grâce au web, et plus seulement par la consommation de biens matériels
Le dernier rapport de la firme de tendances Trendwatching, qui décryptait les différentes typologies de statuts, faisait état de quelques pistes intéressantes. L’émergence du web et l’explosion des médias sociaux changent la façon dont les gens prouvent leur statut social. Aujourd’hui, le facteur “connection” devient un élément d’affirmation de son statut de plus en plus important. Combien avez-vous d’amis sur Facebook? Qui sont vos amis? Combien de fois mettez-vous à jour votre compte Twitter? Quels sont les endroits que vous fréquentez et qui transparaissent sur FourSquare? Avez-vous un blogue? Combien avez-vous de commentaires? Qui fait ces commentaires? Combien de fois a t-on vu votre vidéo sur Youtube? Autant d’indices qui feront de vous un prescripteur sur la toile.
Dans une chronique Infopresse, Florence Girod, directrice de la planification créative chez Cossette, avait d’ailleurs inventé des “mensurations web”: un amalgame de chiffres qui font de vous une personne respectée – ou non sur Internet.
Britney Spears, la personne la plus suivie au monde sur Twitter, avec plus de 5 millions de suiveurs, devant Barack Obama
Et cela se traduit déja dans le discours ou l’approche de certaines marques. Britney Spears, par exemple (si l’on considère que c’est une marque) est la personne la plus suivie au monde sur Twitter avec plus de 5 millions de “followers”. Sa stratégie? Donner quelques exclusivités sur sa vie perso, en échange d’un énorme bruit promotionnel sur ses tournées, disques, et produits dérivés. Et s’assure une image d’une personne généreuse et accessible. D’autres marques lui ont emboité le pas, alors que monsieur et madame tout le monde peuvent eux aussi se bâtir une réputation sur le web, et affirmer ainsi leur statut social à leurs pairs (ce qui ne coûte rien, ou juste du temps, en comparaison à l’achat d’un bien matériel faire-valoir).
Cependant, loin d’être mort, le “consommez plus, et le plus cher” est une tendance qui perd de la vitesse. La voiture, la montre, la maison: tous ces objets socialement visibles réduisent le stress lié à la perception des autres sur soi. De nombreuses marques utilisent donc encore un discours où l’exception – du prix – et la rareté sont des attributs majeur du produit (la plupart des marques de vêtement de luxe prônent un mode de vie hors du temps et unique, comme le font Dior, Gucci, Chanel).

Les matelas Hastens, des lits facilement reconnaissables à plus de 60 000 dollars, signe que la consommation ostentatoire n'est pas morte
Néanmoins, les considérations éthiques, de développement durable et la prise de conscience généralisée de la classe politique sur les enjeux d’une consommation plus responsable ont fait émerger une nouvelle tendance: l’affirmation de son statut social à travers sa capacité à donner (plus souvent appellée la génération générosité). Les marques, par extension, ont commencé à proposer un discours qui laisse transparaître fortement des valeurs sociales. Dove, par exemple, s’est appropriée le terrain de l’estime de soi. Nike, celui du dépassement de soi. Toyota, la conscience écologique. Acheter un de ces produits, c’est donc affirmer ses valeurs et son positionnement social à son entourage immédiat.

A travers ses campagnes de pub, Nike s'est approproprié le terrain du dépassement de soi.
Reste à savoir si le statut social virtuel est aussi viable en dehors de la toile… Qui a dit que l’achat d’une bonne vieille Lexus n’était plus utile pour épater ses voisins?
June 4, 2010