Tag: Le Devoir

Quotidiens: les bonnes idées

Alors que le Devoir daté du mercredi 17 novembre donne la parole à 33 écrivains québécois pour commenter l’actualité, de nombreux quotidiens dans le monde rivalisent de nouvelles idées pour offrir une expérience différente avec le journal papier, et ainsi aller chercher un auditoire plus large, plus jeune.

La une du Devoir du 17 novembre: la rédaction est composée de 33 écrivains célèbres

De la première à la dernière page du Devoir, ce sont les écrivains, qui jumelés aux journalistes habituels, ont interprété l’actualité à leur façon. Le but? Célébrer la littérature et marquer le coup d’envoi du Salon du livre de Montréal. Ce genre d’initiatives et d’innovations de contenus sont devenues monnaie courante dans plusieurs pays, ou de nombreux quotidiens cherchent des “coups”, pour rejoindre un lectorat jeune qui se tourne bien souvent vers le web pour s’informer au quotidien.

“Contenus, design, technologies: les quotidiens québécois et internationaux veulent aller plus loin pour séduire leur lectorat”.

Le quotidien français Libération est un habitué de la formule. Dans la dernière année, Libération a donné carte blanche à Karl Lagerfeld pour commenter et “croquer” l’actualité dans une édition spéciale de sa version imprimée. Proposée dans un format XXL, le journal s’est vendu plus qu’à l’habitude. Du côté de la rédaction, on a joué la carte de l’exclusivité et du numéro à collectionner. Toujours Libération, à l’occasion de l’exposition “Patrice Chéreau, invité du Louvre”, donne la rédaction en chef du journal au metteur en scène et artiste, qui livre sa vision personnelle de l’art, dans un numéro aussi présenté comme collector. Et le phénomène est loin d’être nouveau, pour ce qui est d’inviter un artiste à être le “rédacteur en chef d’un jour”. Plus grand public et populaire, le journal Métro, proposait déjà, en 2008, la rédaction en chef au chanteur James Blunt, qui donna son avis sur des articles d’actualités internationales.

La Presse conçoit ses dossiers comme des magazines, et place le design au coeur de sa stratégie éditoriale

Côté design, La Presse est un exemple frappant: l’importance du design éditorial dans la stratégie du journal est incontestable. D’ailleurs, le magazine remporte de nombreux prix chaque année dans le monde entier pour la qualité visuelle de ses reportages et dossiers. Il est aussi l’un des journaux les mieux conçus au monde, selon la Society for News Design. Dans un article que nous venons de publier dans le dernier numéro d’Infopresse, ma collègue Bénédicte Prouvost a interrogé Benoît Giguère, directeur, design et photographie, responsable de la marque visuelle de La Presse/Cyberpresse, sur la stratégie adoptée depuis plusieurs années. Dans l’entrevue, il avoue que le journal a une approche davantage magazine, avec des dossiers thématiques, et une expérience visuelle riche. Le design participe alors a faire de La Presse une marque forte, reconnaissable partout.

“Les dossier spéciaux, les suppléments à collectionner, les partenariats avec des éditeurs de livres permettent d’offrir ce que le web permet moins à l’heure actuelle”.

L’innovation technologique est aussi un moyen créatif de se démarquer. En Indonésie, le quotidien Kompas - le plus important, à proposé à ses lecteurs de tester la réalité augmentée avec une de leur édition papier. En approchant leur journal d’un ordinateur muni d’une webcam, ils voyaient apparaître sur l’écran des éléments 3D liés au contenu éditorial ou publicitaire. Encore marginal, ce phénomène permet pourtant de faire parler du quotidien, et d’expérimenter de nouvelles approches pour se rapprocher d’un public plus jeune, bien souvent branché sur le web pour lire les nouvelles quotidiennes.

L’enjeu principal, pour les quotidiens aujourd’hui, est de se distinguer de l’offre multiple présente sur le web. La concurrence est désormais large: blogues, sites médias, réseaux sociaux. L’information est disponible partout, en temps réel. Le lecteur n’attend donc plus le matin pour lire les nouvelles. C’est l’une des raisons qui peut expliquer cette évolution dans les grilles et les lignes éditoriales des quotidiens dans le monde: les dossier spéciaux, les suppléments à collectionner, les partenariats avec des éditeurs de livres permettent d’offrir ce que le web permet moins à l’heure actuelle.

Et au delà des innovations sur le web et les plateformes mobiles comme le iPad ou le iPhone, ces initiatives démontrent qu’il est encore possible d’innover en imprimé.

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3 Comments November 18, 2010

iPhone, Facebook, Twitter: notre nouvel enfer?

Cela aurait pu arriver dans un de ces dîners de famille du dimanche. A table, alors que je partagerais mes angoisses sur le manque de temps pour faire les choses, sur l’emprise de mon téléphone et des technologies sur ma vie, sur la dictature des courriels, mon grand-père, qui n’aura pas beaucoup parlé du repas, lachera sa fouchette, et, me regardant d’un air grave, me dira: “quand tout va trop vite, et bien, ralentis, mon grand”. La voilà, la solution que je cherchais depuis longtemps. R-A-L-E-N-T-I-R. Et je commence maintenant.

Notre consommation des médias, parfois excessive, ne nous empêche t-elle pas d'apprendre?

Notre consommation des médias, parfois excessive, ne nous empêche t-elle pas de vivre pleinement et d'apprendre mieux?

_Lundi, 7 heures 30.
Mon réveil sonne. Homier  Roy me tire de mon engourdissement matinal. Première claque: des morts, des campagnes politiques ratées, un nuage de fumée qui ne part pas, des aéroports bloqués, une nouvelle pièce de théâtre sur Vian au TNM qui commence bientôt. J’éteins. Je reprendrai plus tard.

_Lundi, 7 heures 45.
Toujours dans mon lit, j’attrape mon iphone. Je commence par regarder les alertes du Monde.fr. Encore des morts, des sarkozy-story sans intérêt, une grève que je ne subirai pas. Je poursuis vite en glissant mon doigt sur l’application Facebook. Un nouveau film de mon frère Maxime au Vietman. Des nouvelles de nouveaux amis que je ne connais pas (encore), et de certains que j’aurais envie d’oublier, mais que je n’ose pas supprimer. Je ferme. J’ouvre mes courriels du bureau. 142 nouveaux messages. Des communiqués tombés pendant la nuit, pour la plupart, que je n’ai pas tous la force de regarder. Une invitation pour un vernissage d’une expo à Saint-Anne de Beaupré. Je n’irai pas. Douze newsletters (AdAge, Stratégies, Buzz, Trendwatching, Nelly Rodi…) que je garde pour un peu plus tard, peut-être. Je ferme. J’ouvre à nouveau, ma boite Gmail cette fois. D’autres newsletters, parfois les mêmes. Je quitte. Il est temps de se lever.

_Lundi, 8 heures 15.
Après une douche rapide en écoutant de nouveau Radio-Canada, je vais déjeuner. Je me suis désabonné de la Presse papier la semaine et du Devoir depuis que j’ai mon aillephone. Je scroll frénétiquement l’application Cyberpresse en mangeant mes céréales, puis celle de Branchez-vous, la nouvelle de Stratégies, re-celle du Monde, puis rapidement, du New York Times. Je lis tout. Je ne retiens pas grand chose. L’essentiel, diront certains. Mais je twitte pareil, tantôt sous mon nom, tantôt sous celui d’Infopresse. En fait, je double-twitte. Et je re-twitte aussi. Parce qu’on ma dit que c’était bien ça, de re-twitter les gens qui me twittent (“on” étant un expert ès web).

_Lundi, 8 heures 45.
J’arrive au bureau (court laps de temps, j’habite proche). En marchant, j’écoute un bout du podcast de Christiane Charette de la veille.  Au bureau, je ramasse à la réception le Devoir, la Presse, le Journal de Montréal, The Gazette et le Globe and Mail, par habitude. J’en choisi un au hasard et le dépose du mon bureau. Je prends mon café et ouvre mes courriels, sur mon ordinateur cette fois. 24 nouveaux messages depuis mon réveil. Des newsletters pour la plupart. Des articles du Devoir déjà parcourus, des émissions webtélé sur la pub, des courriels auxquels je dois répondre. Des CV. Des articles de blogues que l’on m’envoie. Et depuis quelques mois, je reçois aussi les commentaires des lecteurs sur les nouvelles Infopresse.

_ Lundi, 9 heures, 10 heures, 14 heures, 17 heures…
La journée commence vraiment. Celle du travail. Réunions. Rendez-vous. iPhone. Revue de presse matin. iPhone. Twitts. Re-Twitts. Facebook. Dîner. iPhone. Point après midi. Conférence. Écriture d’un billet. iPhone. Arrêt. Téléphone. Courriels. iPhone…

A lire trop vite, trop consommer sans penser, ne perd t-on pas un peu toutes nos facultés d’attention?

A lire trop vite, trop consommer sans penser, ne perd t-on pas un peu toutes nos facultés d’attention?

Ce lundi, quand je suis rentré chez moi, j’ai tenté de re-lire Neiges, d’Orhan Pamuk, un roman que j’aime. Soudainement, l’histoire m’a semblée sans vie, lente et terne. Soudainement, j’ai pris conscience que je ne pouvais pas me concentrer plus de quelques pages sans lorgner mon ordinateur et mon téléphone, dont l’écran clair s’allume toutes les deux minutes pour m’avertir de nouveaux messages-status-dépêches en provenance d’applications diverses.

Alors ce jour là, impuissant devant mon roman, je me suis demandé ce que j’avais retenu de ma journée. Pas grand chose je me suis dit. Qu’avais-je réellement lu, assimilé? Pas grand chose non plus. Il me semble, pourtant, que quelques années en arrière, avant Facebook, Twitter et autres réseaux 2.0, je rentrais chez moi en ayant la sensation d’être pas mal plus intelligent que le matin. A lire trop vite, trop consommer sans penser, ne perd t-on pas un peu toutes nos facultés d’attention, et au passage, carrément, quelques neurones? Et pendant ce temps, que se passe t-il, là, dehors, un peu plus loin?

Bien sûr, le sujet n’est pas nouveau. Malcolm Gladwell en avait parlé longuement dans une entrevue donnée au Globe and Mail, ou il expliquait pourquoi il s’était “coupé” des réseaux sociaux. Marie-Claude Ducas, dans un billet sur son blogue, soulevait également cette soif de simplicité qui anime plusieurs grands gourous des médias, à commencer par l’hypnotique Tyler Brûlé. Dans une entrevue que Marie-Claude a réalisée – et qui sera publiée dans Infopresse le mois prochain, l’éditeur de Monocle avouait ne pas demander à ses journalistes de bloguer, twitter ou facebooker pour leur travail, et se refuse, lui aussi, à alimenter la toile de ses commentaires 2.0.

Et cette semaine, dans la Presse, la journaliste Nathalie Collard parle d’une tendance émergente, le “slow média”. En d’autres mots, consommer moins de médias, mais consommer plus intelligemment. Et sans pour autant détruire ses comptes Facebook et Twitter, penser à les utiliser différement.

Ce n’est finalement pas une si mauvaise idée. Alors dès demain, je m’y met. Sans plonger dans un retraite monacale, je vais tenter le slow media. Et je vous reviens dans quelques semaines, histoire de faire le point…sur mon blogue.

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7 Comments April 22, 2010


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Culture, design, communications: voici le blogue d’Arnaud Granata, directeur des contenus et rédacteur en chef d'Infopresse

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