Et demain, quel avenir pour l’information?
Selon un récent article d’El Pais, la moyenne quotidienne d’exemplaires de journaux vendus est passée de 69 à 49 millions depuis l’avènement du web aux États-Unis, et une centaine de quotidiens ont dû renoncer à leur version de papier. Le lectorat de la presse en ligne, lui, a crû de 75 millions d’individus. Pourtant, pour le moment, produire un journal intégralement sur le web, c’est renoncer à 90% de ses recettes selon le même article. Alors, entre remise en cause des modèles d’affaires et changements de comportement des lecteurs dans le monde, quel sera le nouveau visage de l’information et son impact sur Montréal?

La une du Courrier International du 18 juin, consacrée à l’avenir de la presse, dresse un portrait mitigé
Un numéro spécial de Courrier International tentait de répondre à cette large question dans son édition du 18 juin 2009 en interrogeant des spécialistes américains et européens des grands réseaux médias. Pour les uns, comme Bernard Poulet, auteur de La fin des journaux, le lectorat de la presse généraliste de qualité ne cesse de se raréfier et de vieillir. Selon lui, les quotidiens se sont rapprochés de la presse gratuite en matière de contenus et en ont favorisé leur essor.
Indice #1 : Les médias doivent avoir une identité forte et créer une communauté de fidèles
Il note que les journaux dits « de créneaux » s’en sortent globalement mieux : un lectorat ciblé qui constitue une communauté et un contenu qui se démarque de la masse de ce qu’on trouve sur le web. Ainsi, il cite le magazine français XXI – un modèle d’imprimé à surveiller, mais nous pourrions aussi bien parler de succès comme Marianne en France ou, plus récemment, Monocle en Grande-Bretagne, sur l’idée du très visionnaire Tyler Brulé. Tous ont un point commun : une véritable identité, de contenu d’abord, mais également de marque. Monocle a ouvert une boutique, en ligne et physique, pour vendre les produits cocréés par des designers du monde entier. Marianne, journal satirique engagé, s’est construit sur la notion de « club » de lecteurs. Bien entendu, la double crise – économique et structurelle – touche tout le monde, y compris ces modèles gagnants, qui souffrent cependant moins que leurs grands frères généralistes, en partie à cause d’une structure plus souple et d’un lectorat davantage ciblé, donc un marché publicitaire plus concentré.

Le magazine, le web et la boutique Monocle: le trio gagnant de Tyler Brulé
Indice #2 : De la survie du journalisme, de la bataille de l’information…
Pour d’autres, comme le blogueur Clay Shirky, rien ne sert de se demander aujourd’hui quel modèle remplacera l’imprimé. Selon lui, rien ne marchera. « Il n’existe aucun modèle pour remplacer celui qu’internet vient de détruire. » Mieux vaut se pencher sur de nouveaux modèles de rédaction et sur la survie du journalisme tel que nous le connaissons. Car si la presse d’information joue un rôle essentiel dans nos sociétés (les récents événements en Iran et « l’effet Twitter » en témoignent), les modèles reposant sur des rédactions de plusieurs centaines de collaborateurs pour faire vivre un imprimé ne sont plus viables. L’article prend l’exemple d’un journal en Afrique, Next, qui, obligé de partir de zéro pour lancer son édition, a formé des journalistes multidisciplinaires : vidéastes, photographes, en retouche d’image, rédaction web et imprimée. La souplesse de l’équipe fait sa force. Un modèle qu’il faudrait observer de plus près…

Le modèle d’information Next, en Afrique, basé sur la polyvalence et la flexibilité des rédaction: un succès à suivre
Beaucoup de questions posées, peu de réponses fermes. La qualité et la pertinence de l’information restent pour plusieurs un avantage qui fera recette à long terme. Les titres qui ont réussi ou parviendront à développer une identité de marque forte et un lectorat de créneau, le tout couplé à une structure de rédaction souple et intégrée, sortiront plus forts de cette crise. Et en observant bien les réactions des structures des médias québécois, force est de constater que la convergence des contenus et la polyvalence des journalistes représente l’une des avenues sur lesquelles le plus de joueurs ont misé.
TweetLeave a Comment August 23, 2009
