Tag: Branding

Pas de marketing dans ma culture

18h30 – mardi 9 janvier, sur ma messagerie de téléphone: ” Nous ne sommes pas de vulgaires produits de consommation, arrêtez de nous présenter comme du détergent”. Bon. Ce n’est pas un appel altermondialiste mais le contenu d’un message déposé sur ma boîte vocale par un de mes amis artsy, à la veille de la conférence Infopresse sur le marketing des produits culturels.

Marie Chouinard et sa compagnie de danse éponyme ont fait appel à l'agence de communication Cossette pour renforcer leur présence sur le web

Marie Chouinard et sa compagnie de danse éponyme ont fait appel à l'agence de communication Cossette pour renforcer leur présence sur le web

Au risque de déplaire aux artistes, la communication – ou le marketing culturel, appelez cela comme vous voulez, est essentiel. Car si la démarche artistique peut-être perçue comme la finalité d’une pièce ou d’un spectacle, c’est le nombre de billets vendus qui dicte bien souvent la réussite de tel ou tel projet auprès d’un producteur. Et particulièrement à Montréal, où l’offre culturelle dépasse largement la demande. D’après une étude de la Chaire en gestion des arts HEC, François Colbert, son titulaire, avait déjà soulevé en 2008 que l’offre culturelle pouvait dépasser de 50 fois la demande réelle. Dans un article écrit par ma collègue Bénédicte Prouvost pour Infopresse, il avouait la difficulté, pour les entreprises artistiques, d’aller chercher une nouvelle clientèle. Surtout de convaincre les jeunes de se tourner vers le théâtre, la danse ou l’opéra au lieu de consommer DVD et disques, principaux concurrents des spectacles en salles. Et dans cette offre large et diffuse, il soulevait la nécessité d’adopter un positionnement clair, qu’il soit grand public ou très pointu, pour sortir de la masse.

À Montréal, le Théâtre du Nouveau Monde, le festival Elektra ou les Grands Ballets Canadiens ont tous adopté des stratégies de communication claires, facilement compréhensibles. Ainsi, le TNM est un théâtre populaire qui offre une programmation accessible à l’aide d’une image reconnaissable (créée par le studio de design Orange tango), alors que le festival Elektra se présente comme un événement pointu pour les passionnés d’arts numériques. Avec leurs agences respectives, les institutions culturelles tentent donc de parler distinctement, sur tous les différents supports (imprimé, web, télé).

Le festival Élektra a adopté un positionnement clair, et s'adresse aux amateurs d'arts numériques.

Le festival Elektra a adopté un positionnement clair avec l'agence Provokat, et s'adresse aux amateurs d'arts numériques.

Lors de la conférence Infopresse la semaine dernière, Patrick Beauduin, vice-président création de l’agence Cossette, a admis que la communication, dans le domaine des arts et du spectacle, était un peu à la traîne. Les modèles d’affaires dans l’ensemble des secteurs économiques sont en pleine transformation: la montée en puissance du web, et la crise des médias “traditionnels” forcent les gestionnaires à communiquer différemment. Et l’industrie culturelle n’échappe pas à la fragmentation des auditoires. Pour rejoindre les publics plus jeunes, le web s’avère désormais un incontournable. Et les réseaux sociaux un moyen ludique d’amener les consommateurs à interagir avec des institutions parfois trop figées.

D’ailleurs, le MoMA, à NYC, est un exemple intéressant. Sur Facebook, la page du musée a près de 260 000 adeptes. Sur Twitter, 87 000 “followers”. Sur Youtube, on peut suivre les vidéos “teasers” des expositions. Sur Flickr voir des albums photos exclusifs. Une application a aussi été développée par le musée pour permettre aux internautes de découvrir virtuellement les oeuvres et les partager. Le musée a également un blogue, Inside/Out, qui parle d’art contemporain. Patrick Beauduin avance d’ailleurs qu’aujourd’hui, il est essentiel pour les institutions culturelles de ne plus seulement émettre de l’information: elles doivent écouter, et engager un dialogue avec leurs publics.

À Paris, le centre Pompidou adopte le même ton sur le web qu’en imprimé: une communication efficace qui sait attirer un public jeune et créer un dialogue autour des thèmes et artistes exposés. Sur Facebook, on est au courant des vernissages, des actus du musée et des choses à surveiller dans le monde. Une façon simple de rappeler aux membres du groupe qu’elle demeure une référence en art contemporain. Le Louvre explore quant à lui la possibilité de créer une communauté 2.0, pour parler davantage au grand public. Créer une vitrine virtuelle, un espace de dialogue et repenser le classement web des oeuvres est désormais un enjeu important pour la directrice du service multimédia Agnès Alfandari.

À Montréal, le Musée d’art contemporain accueille des DJ lors de 5@7 où l’on vient prendre un verre autour d’une expo. L’Orchestre Symphonique et l’Opéra (deux institutions montréalaises qui sont encore perçues comme étant destinées à une clientèle haut de gamme) s’ouvrent et proposent des forfaits étudiants et des concerts plus populaires (pour l’OSM, avec les concerts pop, les matinées découvertes, les forfaits pour les gens d’affaires, qui proposent tous des programmations musicales ultra-accessibles).

Côté cinéma, l’Office National du Film a fait un pas énorme dans son offre en créant un portail interactif de ses oeuvres. Désormais, là ou avant il fallait chercher à la Cinérobothèque pendant des heures, l’ensemble du contenu cinématographique est disponible, gratuitement, en ligne. Une occasion de connecter avec un public plus jeune, moins exposé aux productions de l’ONF.

Ces initiatives illustrent bien à quel point l’industrie culturelle subit le même sort que ses industries voisines: la remise en question, totale, de son modèle. Et finalement, une récente étude du gouvernement sur les “pratiques culturelles au Québec” entre 1979 et 2004 fait état d’un viellissement du public d’arts traditionnels (théâtre, danse, musique classique). Les 25-34 ans ne représentent plus que 40% de l’assistance, contrairement à 52% (entre 1979 et 2004).

La communication devient alors un enjeu majeur dans la mise en marché de produits culturels. Et le web, comme plateforme de diffusion, un atout de taille pour générer du bruit, et toucher de jeunes influenceurs, moins présents sur les canaux de communications “traditionnels”.

 

8 Comments February 15, 2010

Montréal, ville de tous les rassemblements?

Une récente étude de l’ICCA (International Congress and Convention Association) révèle que Montréal est devenue cette année la première destination pour les événements associatifs internationaux et congrès en Amérique du Nord. Automobile, emploi, industrie hôtelière: Montréal n’a désormais plus rien a envier à New York, Miami, Chicago ou Toronto. Et demain? Montréal pourra t-elle devenir la ville de tous les rassemblements, commerciaux et culturels en Amérique du Nord?

Le Palais des Congrès de Montréal a accueilli en 2008-2009 16 congrès internationaux et 15 congrès québécois et canadiens, plaçant la ville en tête des destinations d'affaires pour les événements professionnels en Amérique du Nord: doit-on y voir un nouvel élément à inclure au branding de la ville?
Le Palais des Congrès de Montréal a accueilli en 2008-2009 16 congrès internationaux et 15 congrès québécois et canadiens, plaçant la ville en tête des destinations d’affaires pour les événements professionnels en Amérique du Nord: doit-on y voir un nouvel élément à inclure au branding de la ville?

Salon de l’alimentation, congrès touristique, rassemblement annuel des professionnels de l’emploi à l’international: le calendrier des événements qui attire chaque année les professionnels du reste du Canada et des États-Unis sont nombreux. Le Palais des Congrès en est le principal hôte, et d’autres lieux comme la place Bonnaventure, le Centre Mont-Royal et les différents hôtels de la ville sont pris d’assaut par les organisations, locales et internationales de ces événements.

A bien y réfléchir, ne doit-on pas rapidement capitaliser sur les résultats de ce classement et faire savoir encore plus fort que Montréal, bien au delà des rendez-vous d’affaires, est LA ville du rassemblement? Les festivals culturels, foires commerciales ou congrès associatifs ne sont-ils pas avant tout une formidable occasion pour la ville de démontrer le dynamisme de ses différents pôles économiques? Et par la même occasion, de faire profiter les hôtels, commerces et restaurants de ce tourisme d’affaire?

A noter également que dans la liste des événements et congrès qui ont lieu à Montréal, la place à prendre est importante: rassemblement international des spécialistes de la communication, des professionnels de l’événementiel ou des organisations internationales de festivals et manifestations culturelles sont quelques uns des sujets qui pourraient amener une clientèle d’affaire internationale à venir séjourner à Montréal autour d’un sujet fort. Et la présence d’entreprises comme le Cirque du Soleil, Bombardier ou Alcan, et d’événements comme le Festival de Jazz ou les Francopholies ne font que renforcer la légitimité de la ville pour l’organisation de ces congrès d’envergure.

Reste que de nombreuses questions sont à résoudre pour amener à Montréal davantage d’événements de qualité, et de calibre international. La première, d’importance, est de se demander quels sont les lieux, outre le Palais des Congrès, qui peuvent accueillir ces types de rassemblements? Des lieux inspirants, qui reflètent justement l’image de la ville. Et autant dire que ce n’est ni la place Bonaventure, ni le Centre Mont-Royal qui, dans ce cas, feront l’affaire.

A bon entendeur…

1 Comment January 7, 2010

Le mythe de la ville souterraine. Toujours bien vivant.

Essayez pour voir. Une petite recherche Google avec les mots “ville souterraine”, et ce sont des centaines de pages sur Montréal qui émergent. D’ou vient cette idée complètement folle que les montréalais traversent la ville l’hiver dans des tunnels chauffés? Sous les pavés, existe t-il vraiment une vie pour Montréal? Petite histoire d’une légende urbaine qui participe, malgré elle, au branding de la ville.

Mais qui peut vraiment croire que les montréalais vivent sous terre pendant six mois de l'année?

Mais qui peut vraiment croire que les montréalais vivent sous terre pendant six mois de l’année?

L’anecdote parle d’elle même: il y a quelques mois, en plein hiver, j’organisais avec une collègue une conférence sur les communications touristiques. Nous avions invité un des collaborateurs de l’Organisation Mondiale du Tourisme, dont je tairais le nom, histoire de ne pas le froisser. A peine descendu de l’avion, un petit appel au bureau, et la question qui fait invariablement sourire: ” Dites, pourriez-vous m’indiquer comment me rendre jusqu’à vos bureaux par la ville souterraine, je n’ai pas pris de manteau?”. Bon. Évidemment. En plein mois de février, la traversée en tunnel Vieux-Port/Plateau s’avérait alors un peu difficile.

Si au début des années 50, sous Jean Drapeau, le projet de faire la plus grande “ville sous ville” du monde pouvait être un projet futuriste et audacieux, entretenir le mythe aujourd’hui est un peu tiré par les cheveux. Pourtant, on peut lire sur plusieurs sites officiels des infos comme:

“Bienvenue dans le plus grand réseau souterrain au monde ! Plus de 30 km de couloirs, 1 250 commerces,une centaine d’édifices, quatre gares, 14 stations de métro, 9 hôtels, 2 700 logements, 15 000 espaces de stationnement, cinq universités, un collège, six salles de spectacles, plusieurs bibliothèques, deux patinoires et deux musées… et bien plus encore ! Venez partager le secret de 500 000 Montréalais qui le fréquentent chaque jour !”
Source: Bonjourquebec.com

Ou encore que:

“Montréal  centralise l’activité commerciale de toute la région métropolitaine grâce à (…) une ville souterraine de 32 km de réseaux piétonniers commerciaux reliés directement au réseau de transport en commun”.
Source: Ville de Montréal

Pas étonnant que le touriste nouveau cherche ce bout de record Guiness de son énergie la plus féroce. Mais quel montréalais avouerait de bon coeur aimer passer l’hiver dans le confort de sa ville souterraine chauffée? Ou de déjeuner, un froid matin de février, à l’ombre d’un saule pleureur en plastique, sous la place Ville-Marie, une beigne Tim Horton à la main et un café Starbucks de l’autre? Contrairement au Stade Olympique ou à la Place des Arts , qui suscitent des réactions  mitigées chez les montréalais – pour rester poli, la ville souterraine n’est pas très identitaire.

Côté branding, Montréal a de meilleurs éléments sur lesquels miser. Mais visiblement, la légende persiste encore des deux côtés de l’Atlantique. Un bon insight publicitaire peut-être? A bon entendeur…


Pour les inconditionnels du sujet, vous pouvez lire le livre du journaliste du Devoir, Fabien Deglise, Montréal souterrain, sous le béton, le mythe, et consulter le plan officiel de la ville enfouie sur le très sérieux site de l’Observatoire de la ville intérieure de l’Université de Montréal (si si) ici. Et un livre d’un romancier, français, qui vient de paraître, mais dont je ne retrouve plus le nom…

2 Comments November 4, 2009


Subscribe via RSS Subscribe via Email

Le blogue en bref

Culture, design, publicité, communications: voici le blogue d’Arnaud Granata, directeur des contenus des Éditions Infopresse.

Les plus lus

  1. Montréal: 19e ville la plus agréable à vivre au monde
  2. Lady Gaga, prostituée publicitaire?
  3. Mark Zuckerberg, celui que tout le monde attendait
  4. Festival de Cannes: Commandite 101
  5. iPhone, Facebook, Twitter: notre nouvel enfer?

Les plus récents

Les derniers commentaires

Les sujets traités

2.0 Adidas Au Pied de Cochon blogues Branding Cannes Cirque du Soleil Claude Mauffette Commissaires crise créativité Design Divan Orange Facebook gsmprct Ikea imprimés International Iphone journalisme journaux Las Vegas Londres magazines Meubles Michael Jackson Montréal musique Médias New York Times Obama Paris Photo presse Produits Sid Lee Singapour Taxi Twitter Têtes à Claques Ville Viral Web États-Unis économie des médias

Rechercher par catégorie

Les archives

Blogues à consulter

Marques à découvrir

Médias à lire

RSSSuivez-moi sur Twitter

RSS Suivez la rédaction Infopresse sur Twitter

RSS Dernières nouvelles Infopresse