Fini l’époque où seule la marque de notre voiture ou de notre montre servait à affirmer notre statut social. Aujourd’hui, rien n’est plus important que le statut virtuel: nombre d’amis, nombre de mises à jours, qualité des statuts et endroits fréquentés. L’ascension sociale commence désormais derrière l’écran.
De plus en plus, la définition du statut social passe par la reconnaissance acquise grâce au web, et plus seulement par la consommation de biens matériels
Le dernier rapport de la firme de tendances Trendwatching, qui décryptait les différentes typologies de statuts, faisait état de quelques pistes intéressantes. L’émergence du web et l’explosion des médias sociaux changent la façon dont les gens prouvent leur statut social. Aujourd’hui, le facteur “connection” devient un élément d’affirmation de son statut de plus en plus important. Combien avez-vous d’amis sur Facebook? Qui sont vos amis? Combien de fois mettez-vous à jour votre compte Twitter? Quels sont les endroits que vous fréquentez et qui transparaissent sur FourSquare? Avez-vous un blogue? Combien avez-vous de commentaires? Qui fait ces commentaires? Combien de fois a t-on vu votre vidéo sur Youtube? Autant d’indices qui feront de vous un prescripteur sur la toile.
Dans une chronique Infopresse, Florence Girod, directrice de la planification créative chez Cossette, avait d’ailleurs inventé des “mensurations web”: un amalgame de chiffres qui font de vous une personne respectée – ou non sur Internet.
Britney Spears, la personne la plus suivie au monde sur Twitter, avec plus de 5 millions de suiveurs, devant Barack Obama
Et cela se traduit déja dans le discours ou l’approche de certaines marques. Britney Spears, par exemple (si l’on considère que c’est une marque) est la personne la plus suivie au monde sur Twitter avec plus de 5 millions de “followers”. Sa stratégie? Donner quelques exclusivités sur sa vie perso, en échange d’un énorme bruit promotionnel sur ses tournées, disques, et produits dérivés. Et s’assure une image d’une personne généreuse et accessible. D’autres marques lui ont emboité le pas, alors que monsieur et madame tout le monde peuvent eux aussi se bâtir une réputation sur le web, et affirmer ainsi leur statut social à leurs pairs (ce qui ne coûte rien, ou juste du temps, en comparaison à l’achat d’un bien matériel faire-valoir).
Cependant, loin d’être mort, le “consommez plus, et le plus cher” est une tendance qui perd de la vitesse. La voiture, la montre, la maison: tous ces objets socialement visibles réduisent le stress lié à la perception des autres sur soi. De nombreuses marques utilisent donc encore un discours où l’exception – du prix – et la rareté sont des attributs majeur du produit (la plupart des marques de vêtement de luxe prônent un mode de vie hors du temps et unique, comme le font Dior, Gucci, Chanel).
Les matelas Hastens, des lits facilement reconnaissables à plus de 60 000 dollars, signe que la consommation ostentatoire n'est pas morte
Néanmoins, les considérations éthiques, de développement durable et la prise de conscience généralisée de la classe politique sur les enjeux d’une consommation plus responsable ont fait émerger une nouvelle tendance: l’affirmation de son statut social à travers sa capacité à donner (plus souvent appellée la génération générosité). Les marques, par extension, ont commencé à proposer un discours qui laisse transparaître fortement des valeurs sociales. Dove, par exemple, s’est appropriée le terrain de l’estime de soi. Nike, celui du dépassement de soi. Toyota, la conscience écologique. Acheter un de ces produits, c’est donc affirmer ses valeurs et son positionnement social à son entourage immédiat.
A travers ses campagnes de pub, Nike s'est approproprié le terrain du dépassement de soi.
Reste à savoir si le statut social virtuel est aussi viable en dehors de la toile… Qui a dit que l’achat d’une bonne vieille Lexus n’était plus utile pour épater ses voisins?
Cela aurait pu arriver dans un de ces dîners de famille du dimanche. A table, alors que je partagerais mes angoisses sur le manque de temps pour faire les choses, sur l’emprise de mon téléphone et des technologies sur ma vie, sur la dictature des courriels, mon grand-père, qui n’aura pas beaucoup parlé du repas, lachera sa fouchette, et, me regardant d’un air grave, me dira: “quand tout va trop vite, et bien, ralentis, mon grand”. La voilà, la solution que je cherchais depuis longtemps. R-A-L-E-N-T-I-R. Et je commence maintenant.
Notre consommation des médias, parfois excessive, ne nous empêche t-elle pas de vivre pleinement et d'apprendre mieux?
_Lundi, 7 heures 30.
Mon réveil sonne. Homier Roy me tire de mon engourdissement matinal. Première claque: des morts, des campagnes politiques ratées, un nuage de fumée qui ne part pas, des aéroports bloqués, une nouvelle pièce de théâtre sur Vian au TNM qui commence bientôt. J’éteins. Je reprendrai plus tard.
_Lundi, 7 heures 45.
Toujours dans mon lit, j’attrape mon iphone. Je commence par regarder les alertes du Monde.fr. Encore des morts, des sarkozy-story sans intérêt, une grève que je ne subirai pas. Je poursuis vite en glissant mon doigt sur l’application Facebook. Un nouveau film de mon frère Maxime au Vietman. Des nouvelles de nouveaux amis que je ne connais pas (encore), et de certains que j’aurais envie d’oublier, mais que je n’ose pas supprimer. Je ferme. J’ouvre mes courriels du bureau. 142 nouveaux messages. Des communiqués tombés pendant la nuit, pour la plupart, que je n’ai pas tous la force de regarder. Une invitation pour un vernissage d’une expo à Saint-Anne de Beaupré. Je n’irai pas. Douze newsletters (AdAge, Stratégies, Buzz, Trendwatching, Nelly Rodi…) que je garde pour un peu plus tard, peut-être. Je ferme. J’ouvre à nouveau, ma boite Gmail cette fois. D’autres newsletters, parfois les mêmes. Je quitte. Il est temps de se lever.
_Lundi, 8 heures 15.
Après une douche rapide en écoutant de nouveau Radio-Canada, je vais déjeuner. Je me suis désabonné de la Presse papier la semaine et du Devoir depuis que j’ai mon aillephone. Je scroll frénétiquement l’application Cyberpresse en mangeant mes céréales, puis celle de Branchez-vous, la nouvelle de Stratégies, re-celle du Monde, puis rapidement, du New York Times. Je lis tout. Je ne retiens pas grand chose. L’essentiel, diront certains. Mais je twitte pareil, tantôt sous mon nom, tantôt sous celui d’Infopresse. En fait, je double-twitte. Et je re-twitte aussi. Parce qu’on ma dit que c’était bien ça, de re-twitter les gens qui me twittent (”on” étant un expert ès web).
_Lundi, 8 heures 45.
J’arrive au bureau (court laps de temps, j’habite proche). En marchant, j’écoute un bout du podcast de Christiane Charette de la veille. Au bureau, je ramasse à la réception le Devoir, la Presse, le Journal de Montréal, The Gazette et le Globe and Mail, par habitude. J’en choisi un au hasard et le dépose du mon bureau. Je prends mon café et ouvre mes courriels, sur mon ordinateur cette fois. 24 nouveaux messages depuis mon réveil. Des newsletters pour la plupart. Des articles du Devoir déjà parcourus, des émissions webtélé sur la pub, des courriels auxquels je dois répondre. Des CV. Des articles de blogues que l’on m’envoie. Et depuis quelques mois, je reçois aussi les commentaires des lecteurs sur les nouvelles Infopresse.
_ Lundi, 9 heures, 10 heures, 14 heures, 17 heures…
La journée commence vraiment. Celle du travail. Réunions. Rendez-vous. iPhone. Revue de presse matin. iPhone. Twitts. Re-Twitts. Facebook. Dîner. iPhone. Point après midi. Conférence. Écriture d’un billet. iPhone. Arrêt. Téléphone. Courriels. iPhone…
A lire trop vite, trop consommer sans penser, ne perd t-on pas un peu toutes nos facultés d’attention?
Ce lundi, quand je suis rentré chez moi, j’ai tenté de re-lire Neiges, d’Orhan Pamuk, un roman que j’aime. Soudainement, l’histoire m’a semblée sans vie, lente et terne. Soudainement, j’ai pris conscience que je ne pouvais pas me concentrer plus de quelques pages sans lorgner mon ordinateur et mon téléphone, dont l’écran clair s’allume toutes les deux minutes pour m’avertir de nouveaux messages-status-dépêches en provenance d’applications diverses.
Alors ce jour là, impuissant devant mon roman, je me suis demandé ce que j’avais retenu de ma journée. Pas grand chose je me suis dit. Qu’avais-je réellement lu, assimilé? Pas grand chose non plus. Il me semble, pourtant, que quelques années en arrière, avant Facebook, Twitter et autres réseaux 2.0, je rentrais chez moi en ayant la sensation d’être pas mal plus intelligent que le matin. A lire trop vite, trop consommer sans penser, ne perd t-on pas un peu toutes nos facultés d’attention, et au passage, carrément, quelques neurones? Et pendant ce temps, que se passe t-il, là, dehors, un peu plus loin?
Bien sûr, le sujet n’est pas nouveau. Malcolm Gladwell en avait parlé longuement dans une entrevue donnée au Globe and Mail, ou il expliquait pourquoi il s’était “coupé” des réseaux sociaux. Marie-Claude Ducas, dans un billet sur son blogue, soulevait également cette soif de simplicité qui anime plusieurs grands gourous des médias, à commencer par l’hypnotique Tyler Brûlé. Dans une entrevue que Marie-Claude a réalisée – et qui sera publiée dans Infopresse le mois prochain, l’éditeur de Monocle avouait ne pas demander à ses journalistes de bloguer, twitter ou facebooker pour leur travail, et se refuse, lui aussi, à alimenter la toile de ses commentaires 2.0.
Et cette semaine, dans la Presse, la journaliste Nathalie Collard parle d’une tendance émergente, le “slow média”. En d’autres mots, consommer moins de médias, mais consommer plus intelligemment. Et sans pour autant détruire ses comptes Facebook et Twitter, penser à les utiliser différement.
Ce n’est finalement pas une si mauvaise idée. Alors dès demain, je m’y met. Sans plonger dans un retraite monacale, je vais tenter le slow media. Et je vous reviens dans quelques semaines, histoire de faire le point…sur mon blogue.
Les blogues, groupes Facebook, Twitter et les nouveaux réseaux sociaux émergents portent plus loin la voix des consommateurs, et signent la fin des marques qui ne misent que sur l’appropriation de valeurs intangibles comme seul outil de communication. Pour mieux vendre, la marque doit aujourd’hui agir comme le majordome de nos vies, selon le dernier rapport de tendance Trendwatching.
Aujourd'hui, les marques doivent se positionner comme des "facilitateurs", véritables majordomes du quotidien de leurs consommateurs, selon la firme de tendances Trendwatching
Le gain de temps, le contrôle et l’indépendance sont des valeurs fortes en 2010, ce qui implique de la part des marques de développer de nouvelles façons de communiquer. Le service (applications, outils de gestion du temps, de l’espace et des relations) est désormais la nouvelle arme de communication à avoir dans son plan de com annuel. Et le développement des appareils mobiles (le iPhone et le nouvel iPad pour ne pas les nommer), dotés de systèmes de géolocalisation, ne fait qu’accélérer le phénomène.
Smirnoff propose à Londres des Master Classes pour apprendre aux hommes à vivre comme des Gentlemen
Simplifier. Innover. Surprendre.
Le manque de temps, résultat d’un bombardement d’informations (par le web, la télé, le cellulaire, l’imprimé), crée bien souvent un sentiment de perte de contrôle, et nous amène à être de moins en moins réceptifs à l’ensemble de ces messages. La simplification est une stratégie que de plus en plus de marques ont adopté: simplification des messages d’abord (uniformité internationale, comme le montre le dernier spot publicitaire de la marque Adidas développé par l’agence montréalaise Sid Lee); simplification et créativité des outils, ensuite, avec le développement de services et d’espaces commerciaux permanents ou éphémères qui apportent une solution à un problème donné (douches et casiers dans une boutique de Running Adidas à Tokyo, Master Classe de Smirnoff à destination des hommes avec conseils pour s’habiller, faire des coktails et vivre comme un “gentlemen”, boutique éphémère Nestlé en Europe pour apprendre à manier le chocolat de différentes façons etc).
L’application iPhone “pratique” devient la clé.
En ligne ou via un Iphone, nombreuses sont les marques qui proposent des outils “pratiques”, qui en bout de ligne, transmettent un message clair sur leur produit ou service. Aux États-Unis, Mastercard ATM Hunter propose, aux détenteurs de l’application, de trouver le distributeur d’argent de plus proche de là ou ils se trouvent. En Angleterre, l’association automobile nationale propose de télécharger sur iPhone une application qui permet de repérer en auto les hôtels et attractions touristiques du coin. Moins essentiel, mais tout aussi insolite, la marque de pizzas Domino vous propose de suivre en direct la préparation de votre pizza jusqu’à la livraison à votre domicile. Même l’industrie du luxe s’y met, avec le joaillier Van Cleef & Arpels (voir vidéo ci-dessous), qui permet aux touristes et clients de passage à Paris de faire une ballade poétique de la ville, son application iPhone ouverte comme guide interactif.
Aussi dans la tendance, les applications “gain d’argent”, comme Gap qui met à disposition Sprize, un service qui permet d’avoir un crédit après achat si l’article tombe en solde dans les 45 jours suivants l’achat. Ikea, lui, propose à ses visiteurs d’utiliser le co-voiturage en offrant un service depuis leurs magasins.
L’ensemble de ces outils misent sur l’instantanéité. La question n’est plus: “quand dois-je communiquer avec mes consommateurs?”, mais plutôt “quand est-ce que les consommateurs vont-ils communiquer avec moi?”. En mettant à la disposition de tous des outils qui utilisent le temps et l’espace, les marques se positionnent comme facilitateurs, et font passer un message clair, en cohérence avec leurs valeurs: luxe et légèreté pour Van Cleef, intégrité et bas prix chez Gap, art de vivre et sophistication pour Smirnoff.
Et ici? Hue Web Studio a développé avec Sid Lee et pour la SAQ une application qui permet de s’informer de la disponibilité des produits en temps réel, en fonction de l’endroit ou l’on se trouve. Pratique!
Une tendance à suivre chez les marques. Et pour ceux qui banniraient le iPhone, il est toujours temps d’aller faire un tour à New York pour se procurer l’iPad, dernier joujou à la mode, bientôt en vente ici…
” Tiens, vous lisez encore ça, des magazines, vous?” me lance mon voisin de table. “Ouai”, je réponds laconiquement, dévorant le dernier dossier de Technikart sur les années 2000, entre deux gorgées de café tiède. Il est 9 heures, ce samedi matin, au Starbucks de la rue Mont-Royal. Cette question m’exaspère. Mais, en pleine refonte du magazine Infopresse, pour lequel je travaille, je me la pose quand même. Oui, je lis encore ça, des magazines. Pas vous?
Les jeunes lisent moins les magazines, mais regardent plus Internet. Le support papier est-il déjà mort pour autant?
Certaines études démontrent que les jeunes vont chercher massivement de l’information sur la toile. D’autres que les blogues prennent le pas sur certaines publications papier. D’autres encore avancent que les revenus web peinent à totaliser 10% des revenus globaux générés par l’imprimé. Quoi qu’il en soit, et à bien observer la presse locale et internationale, force est de constater que le phénomène est le même partout: l’érosion massive de la publicité. Raison majoritairement invoquée? La baisse du lectorat. Plus personne ne lirait donc des magazines papier en 2010?
A défaut de paraître étrange et anormal, je continue chaque mois d’aller chercher mon lot de Monocle, Courrier International, Technikart, l’Actualité et autres publications du genre. Même mes recettes de cuisine, tiens, je vais les vole aux Jamie ou Donna, version papier old school.
” C’est grave, docteur?”. Je ne crois pas non.
Si aucun jeune n'achète plus de magazine dans quelques années, que nous restera t-il a lire?
Le magazine reste tout de même un support excitant. Pour l’odeur de son papier, certes, mais aussi pour la création d’un “moment”. Prenez Monocle par exemple, ce magazine anglais fondé par Tyler Brulé, le créateur du Wallpaper. Un seul numéro vous fait passer une journée complète sous la couette. Ou dans un train. Ou partout ailleurs ou vous le voulez. La lecture d’un magazine, intello ou léger, permet de décrocher, un peu à la manière d’un livre. Une fin de semaine d’été, qui rêverait vraiment de passer une après midi ensoleillée, au bord d’un lac, un clavier d’ordinateur sous le bras?
Et puis, il y a le prestige. De lire un magazine. D’y être cité. Ou bien d’y écrire un article. D’ailleurs, faîtes le test avec un journaliste sortant de l’école. Proposez lui un article magazine ou un article web. Le choix sera vite fait. Mieux, demandez-lui pourquoi. “Pour la profondeur”, “Pour mon porfolio”, “Pour la recherche”, il vous dira. Peu importe, le magazine reste un support qui laisse vivre autant le texte que le visuel.
Alors, à quelques jours de l’envoi à l’imprimeur de la nouvelle formule du magazine Infopresse, j’ose espérer que ma génération comme la suivante, en plus de pitonner vigoureusement le clavier de leur Macbook blanc, continuera de lire du papier…et les annonceurs, eux, de soutenir l’industrie du magazine.
Selon un récent article d’El Pais, la moyenne quotidienne d’exemplaires de journaux vendus est passée de 69 à 49 millions depuis l’avènement du web aux États-Unis, et une centaine de quotidiens ont dû renoncer à leur version de papier. Le lectorat de la presse en ligne, lui, a crû de 75 millions d’individus. Pourtant, pour le moment, produire un journal intégralement sur le web, c’est renoncer à 90% de ses recettes selon le même article. Alors, entre remise en cause des modèles d’affaires et changements de comportement des lecteurs dans le monde, quel sera le nouveau visage de l’information et son impact sur Montréal?
La une du Courrier International du 18 juin, consacrée à l’avenir de la presse, dresse un portrait mitigé
Un numéro spécial de Courrier International tentait de répondre à cette large question dans son édition du 18 juin 2009 en interrogeant des spécialistes américains et européens des grands réseaux médias. Pour les uns, comme Bernard Poulet, auteur de La fin des journaux, le lectorat de la presse généraliste de qualité ne cesse de se raréfier et de vieillir. Selon lui, les quotidiens se sont rapprochés de la presse gratuite en matière de contenus et en ont favorisé leur essor.
Indice #1 : Les médias doivent avoir une identité forte et créer une communauté de fidèles
Il note que les journaux dits « de créneaux » s’en sortent globalement mieux : un lectorat ciblé qui constitue une communauté et un contenu qui se démarque de la masse de ce qu’on trouve sur le web. Ainsi, il cite le magazine français XXI – un modèle d’imprimé à surveiller, mais nous pourrions aussi bien parler de succès comme Marianne en France ou, plus récemment, Monocle en Grande-Bretagne, sur l’idée du très visionnaire Tyler Brulé. Tous ont un point commun : une véritable identité, de contenu d’abord, mais également de marque. Monocle a ouvert une boutique, en ligne et physique, pour vendre les produits cocréés par des designers du monde entier. Marianne, journal satirique engagé, s’est construit sur la notion de « club » de lecteurs. Bien entendu, la double crise – économique et structurelle – touche tout le monde, y compris ces modèles gagnants, qui souffrent cependant moins que leurs grands frères généralistes, en partie à cause d’une structure plus souple et d’un lectorat davantage ciblé, donc un marché publicitaire plus concentré.
Le magazine, le web et la boutique Monocle: le trio gagnant de Tyler Brulé
Indice #2 : De la survie du journalisme, de la bataille de l’information…
Pour d’autres, comme le blogueur Clay Shirky, rien ne sert de se demander aujourd’hui quel modèle remplacera l’imprimé. Selon lui, rien ne marchera. « Il n’existe aucun modèle pour remplacer celui qu’internet vient de détruire. » Mieux vaut se pencher sur de nouveaux modèles de rédaction et sur la survie du journalisme tel que nous le connaissons. Car si la presse d’information joue un rôle essentiel dans nos sociétés (les récents événements en Iran et « l’effet Twitter » en témoignent), les modèles reposant sur des rédactions de plusieurs centaines de collaborateurs pour faire vivre un imprimé ne sont plus viables. L’article prend l’exemple d’un journal en Afrique, Next, qui, obligé de partir de zéro pour lancer son édition, a formé des journalistes multidisciplinaires : vidéastes, photographes, en retouche d’image, rédaction web et imprimée. La souplesse de l’équipe fait sa force. Un modèle qu’il faudrait observer de plus près…
Le modèle d’information Next, en Afrique, basé sur la polyvalence et la flexibilité des rédaction: un succès à suivre
Beaucoup de questions posées, peu de réponses fermes. La qualité et la pertinence de l’information restent pour plusieurs un avantage qui fera recette à long terme. Les titres qui ont réussi ou parviendront à développer une identité de marque forte et un lectorat de créneau, le tout couplé à une structure de rédaction souple et intégrée, sortiront plus forts de cette crise. Et en observant bien les réactions des structures des médias québécois, force est de constater que la convergence des contenus et la polyvalence des journalistes représente l’une des avenues sur lesquelles le plus de joueurs ont misé.