Polka: l’avenir du magazine?

May 10, 2011

Je n’avais jamais trouvé l’occasion de parler d’un magazine que j’aime beaucoup et qui m’inspire, et ce, depuis sa création il y a trois ans: Polka, le magazine du photojournalisme. La journée Magazines du Québec, qui se tenait hier à l’hôtel Windsor à Montréal, où étaient réunis éditeurs et journalistes, me donne une bonne occasion de faire écho à un modèle intéressant… qui va au delà de l’imprimé.

Polka, c'est un magazine, une galerie et un site internet dédié au photojournalisme

D’abord, la première chose à savoir, c’est que le magazine Polka est né de l’idée d’Alain Genestar, qui a été directeur de la rédaction du magazine français Paris Match pendant sept ans (il a été congédié suite à la publication d’une photo illustrant les problèmes conjugaux de Nicolas Sarkozy – ndrl). Lors de la conférence qu’il a présenté à Montréal hier, il a exposé la recette d’un succès imprimé né en pleine crise économique. L’idée de base: faire un magazine papier sur le photojournalisme d’aujourd’hui. À la version imprimée s’ajoute aussi une galerie photo physique, en plein cœur de Paris, où l’on peut acheter une collection de clichés exclusive.

“Ces “bookzines”, véritables objets de collection, misent tout sur le contenu et font de l’image leur outil de communication numéro un”

Et c’est là, selon moi, tout l’intérêt du modèle: la création d’un environnement propre au magazine, et considéré comme un média à lui seul. Édité une fois tous les trimestres (et bientôt bimestriel, face au succès), Polka propose, au rythme de la sortie de ses numéros, des vernissages d’expositions photo dans sa galerie parisienne. Alors que les premiers événements réunissaient une centaine de personnes, Alain Genestar avoue aujourd’hui devoir contenir une foule de plus de 2500 personnes par soir de vernissage. Parmi eux, des acheteurs potentiels et férus de photos, mais aussi des lecteurs enthousiastes, qui créent ce que Genestar appelle la “communauté Polka”. Autour de cette communauté, la marque Polka (l’éditeur parle d’ailleurs de marque et non plus de média) utilise aussi les réseaux sociaux pour faire parler d’elle entre chaque publication et installe un dialogue avec ses lecteurs-acheteurs.

Et Polka, c’est, à l’instar des Monocle, XXI ou Premium (oserais-je parler d’Infopresse?), des magazines que l’on ne jette pas, mais que l’on conserve comme des livres. Ces “bookzines”, véritables objets de collection, misent tout sur le contenu et font de l’image leur outil de communication numéro un.

Alain Genestar, directeur de la publication Polka

D’ailleurs, pour Alain Genestar, dans un monde ou les images se multiplient sur Internet, avec des outils de partage comme Flickr’, la nouvelle génération de lecteurs va chercher davantage de sens dans les images que l’on va lui présenter. Quand à été pris le cliché? Par qui? Dans quelles conditions?” Sans date ni crédit, la photo perd sa valeur d’information”, précise t-il. Et c’est cette valeur d’information qui prime aujourd’hui, face au flot continu de contenu proposé sur le web. Cependant, l’industrie de la photo est sinistrée partout dans le monde. La perte de vitesse des grandes agences, les budgets photo sans cesse réduits des publications n’aident pas ce secteur à sortir la tête de l’eau. Avec Polka, Alain Genestar souhaitait aussi redonner une place à l’image et à ses auteurs.

“Il n’existe pas de nouveaux ou de vieux médias, mais seulement des médias d’aujourd’hui”

Il a également livré un point de vue intéressant: selon lui, il n’existe pas de nouveau ou de vieux médias, mais seulement des médias d’aujourd’hui. Imprimés, web ou mobiles, ce sont avant tout des marques fortes, qui se différencient par une ligne éditoriale claire et distinctive, qui mise sur des contenus de qualité.

Signe des temps, Polka souhaite s’ouvrir aux investisseurs: “comme nous avons réussi à implanter un marque en pleine période de crise, alors c’est plus simple aujourd’hui de convaincre des investisseurs potentiels de mettre de l’argent dans notre projet” dit l’éditeur.

Un modèle inspirant, à l’heure où les médias imprimés et web se questionnent sur leur avenir, qui prouve que le message prime, bien au-delà de son support.

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Filed under: Modèles d'affaires,Médias,Publicité,Tendance,Web

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1 Comment Leave a Comment

  • 1. Paul Gauthier  |  May 11, 2011 at 9:23 am

    Article fort intéressant, Arnaud .

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