Haute couture à rabais?

November 12, 2010

H&M et Lanvin. Simons et Dubuc. Bedo et Denis Gagnon: de plus en plus d’enseignes de prêt-à-porter populaires associent leurs marques à de grands noms de la mode. A contrario, les designers les plus pointus (Marc Jacobs, Isabelle Marant, Missoni) augmentent leurs chiffres d’affaires sur leurs lignes “bis”, des déclinaisons abordables de leurs créations principales. Un brouillage des codes qui n’est pas sans conséquence sur le comportement des consommateurs.

Le nouveau magasin de la marque H&M, dessiné par l'architecte Jean Nouvel

Une récente visite a Paris m’a conduit, presque au hasard, dans le nouveau “flagship” de H&M, sur l’avenue des Champs Élysées, dessiné par l’architecte français Jean Nouvel (rien de moins). Il m’aura fallu quelques minutes pour comprendre que j’étais dans la boutique de la multinationale et non dans le grand magasin d’un couturier. Presque tous les codes y étaient: matières nobles, couleurs profondes, discrétion de la marque… Seuls les prix et la clientèle ont mis fin à l’illusion. Récemment, H&M a lancé une nouvelle association (après Rykiel, Comme des Garçons, Lagerfeld) avec la marque de couture Lanvin, disponible en magasins a partir du 20 novembre (préparons nous a l’hystérie). A Montréal, Philippe Dubuc a signé récemment une ligne femme chez Simons alors que Denis Gagnon collaborait avec la marque Bedo.

“Il m’aura fallu quelques minutes pour comprendre que j’étais dans la boutique de la multinationale et non dans le grand magasin d’un couturier”.

Une stratégie de communication de plus en plus “luxe” qui semble avoir la cote chez les fabricants de vêtements bas de gamme, H&M en tête de peloton. Et le tout fonctionne jusqu’à présent plutôt bien. Pour la marque “masse”, elle crée un événement qui va drainer des consommateurs en magasin et incarner son image, alors que le designer se rapproche d’un public qui le connaît peu. Les pièces créées par les designers sont vendues en éditions ultra-limitées (très souvent les stocks sont écoulés dès la première journée). Cette stratégie de distribution, basée sur la rareté, permet de créer un “buzz” important auprès des médias et de la clientèle, qui est forcée de revenir souvent en magasin pour ne manquer aucune pièce. Dans une récente entrevue pour le magazine Stratégies, Pierre-François Le Louët, président du bureau de style Nelly Rodi à Paris, expliquait la stratégie d’association de marque entre H&M et des designers toujours différents: “H&M n’est pas vraiment une marque, mais une enseigne qui s’efface au profit de ses vêtements. Elle n’a pas de point de vue particulier sur la mode, car l’on y retrouve toutes les tendances. H&M ne peut donc pas se démoder”. Et l’association avec des couturiers dans l’air du temps lui permettent de toujours coller au plus près aux attentes de sa clientèle, et de se bénéficier de l’aura du créateur.

“Marc Jacobs réalise plus de 50% de son chiffre d’affaire avec sa ligne bis, Marc by Marc, vendue 30 à 50% moins cher que la ligne principale”.

Du côté des lignes coutures, crise des dernières années oblige, on a ressorti les marques “bis”, nées dans les années 80: des collections de grands couturiers à des prix plus abordables. Pionière dans sa catégorie, la marque Sonia by Sonia Rykiel créée en 1989, a désormais sa propre boutique dans Paris. Aux États-Unis, Marc Jacobs a lancé Marc by Marc en 2000, et réalise aujourd’hui plus de la moitié du chiffre d’affaire de l’entreprise avec sa collection bis. Et les exemples pleuvent: Étoile d’Isabelle Marant, Orange d’Hugo Boss, Paul and Joe Sister, JC/DC de Castelbajac, Red de Valentino, M de Missoni… Vendues 30 à 50% moins chers que leurs grandes sœurs coutures, ces lignes sont, en plus d’être plus abordables, davantage ancrées dans l’air du temps (matières moins fragiles, coupes plus décontractées adaptées à la ville…).

La ligne Marc by Marc, petite soeur de la collection Marc Jacobs, réalise plus de la moitié du CA de l'entreprise et possède ses propres boutiques et défilés

La clientèle, elle, est aussi très différente de la ligne première: des gens souvent plus jeunes, qui vont consommer autant du H&M que la marque “bis” d’un designer. La communication d’une marque comme H&M se colle d’ailleurs de très près aux aspirations de cette clientèle, avide d’une mode contemporaine, mais pas ostentatoire. L’exemple de la collection Marc by Marc Jacobs est particulièrement intéressant. A New York, plusieurs boutiques sont consacrées à cette collection, plus jeune que sa grande sœur. Un parfum serait également en préparation, a révélé un récent article du Monde. Et la ligne possède ses propres défilés lors de la Fashion Week. Un succès total, sur les plans de la communication et du modèle financier. Côté clientèle, les marques bis ciblent les enfants des parents qui s’habillent chez les marques principales des créateurs: Maman en Marc Jacobs, sa fille en Marc by Marc. Une stratégie de vente un peu cliché certes, mais qui fonctionne plutôt bien.

Dernière annonce en date, aussi révélée sur le site du Monde.fr: Karl Lagerfeld lancera à l’automne 2011 Masstige, une nouvelle ligne de prêt à porter “élitiste de masse”, dixit le couturier, en vente uniquement…sur Internet. L’avenir du luxe passera t-il par la consommation de masse?

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Filed under: International,Marque,Tendance

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7 Comments Leave a Comment

  • 1. Tweets that mention Arnau&hellip  |  November 12, 2010 at 10:42 am

    [...] This post was mentioned on Twitter by Infopresse and Elo , arnaudgranata. arnaudgranata said: Retour sur twitter avec un nouveau billet sur la mode: http://tiny.cc/84hxa [...]

  • 2. 4cate  |  November 13, 2010 at 8:38 pm

    Il est tres intéressant de voir que les associations ‘massetige’, débuté en 2004, commence à attirer l’attention des media grand public. Cela me donne espoir que l’industrie du détail attirera aussi l’attention de strateges chevronnés, grand manque dans beaucoup d’entreprises à capitaux privés. La survie dépendra de la présence de profils forts et différents qui travailleront avec les ‘gens de produits’. L’époque ou il suffisait d’accrocher des vêtements dans une boutique est maintenant résolue.

    Pour ce qui est du danger du massetige et des lignes bis, l’esprit du designer est présente, mais les matieres, les coupes, la fabrication sont sans pareil; demandez à ceux qui se payent ‘the real thing’. Ces derniers n’ont
    pas besoin d’etre acheteur profesionnel pour le savoir. Karl, en homme exceptionnellement brillant, le savait des 2004. L’important est que les clients H & M pensent qu’ils achetent du luxe qu’ils ne pourraient se payer autrement. Il ne faut pas oublier que l’impact ultime des ces collaborations sont en faite la notoriété et la vente d eau de toilette et de cosmetiques. Tres habile!

    4cate

  • 3. Nathalie Bertrand  |  November 13, 2010 at 10:21 pm

    la pub est aussi digne de mention, haute couture :
    http://www.youtube.com/watch?v=5DJ75cQ3o3A&feature=player_embedded

  • 4. Twitted by Galoorific&hellip  |  November 15, 2010 at 10:07 am

    [...] This post was Twitted by Galoorific [...]

  • 5. pierrot Rochette  |  November 16, 2010 at 7:48 pm

    comme j’admire ta passion pour la mode… la mienne existe pour la philosophie politique:))

    Mon nom est Pierrot rochette

    Il y a 35 ans, je fondais les boîtes à chansons LES DEUX PIERROTS dans le
    Vieux-Montréal.

    Il y a trois ans, je donnais tous mes biens pour devenir ermite des routes
    (www.demers.qc.ca, l’île de l’éternité de l’instant présent,prologue, on m’y écrit)
    (www.demers.qc.ca, chansons de Pierrot, paroles et musique, entrevue à la radio de
    Radio-Canada de Sept-îles.

    Mon objectif étant d’allumer sur ma route de nomadisme politique des rêveurs équitables
    pour qu’un jour, une masse critique de vies privées oeuvre d’art permette le surgissement
    du pays oeuvre d’art, comme contribution majeure à la philosophie politique du K…uébec
    du 21eme siècle.

    Il y a deux ans et demie, deux jeunes cinéastes me trouvèrent endormi sur une galerie et
    me manifestèrent le désir de suivre ma démarche avec une caméra. Un extrait de 6 minutes
    de ce documentaire est offert sur le site web suivant: http://www.enracontantpierrot.blogspot.com

    Mardi soir, le 4 décembre 2010 à 20 heures, au café QUI FAIT QUOI, coin St-Denis
    Sherbrooke à Montréal, aura lieu la première de la projection de ce documentaire
    intitulé: MON AMI PIERROT, LE DERNIER HOMME LIBRE.

    En deuxième partie, je répondrai aux questions en chantant quelques unes des 105
    chansons politiques écrites à partir de vraies rencontres de rêveurs et de rêveuses sur
    ma route.

    Sur le site web (www.reveursequitables.com) est aussi offert depuis quelques jours une
    partie de mon oeuvre littéraire. Un premier 1000 pages politiques intitulé MONSIEUR 2.7 K
    (K… POUR K…ÉBÉCOIS)et une deuxième oeuvre: LE JOURNAL-COURRIEL DU DERNIER HOMME
    LIBRE.

    A partir d’une lecture post-internet des 50 ans de la révolution tranquille, MONSIEUR
    2.7 K défend l’hypothèse conceptuelle suivante:

    Les 50 ans de révolution tranquille au K…uébec peuvent s’interpréter comme un outil
    méthodologique que se sont donné les K…uébécois pour réaliser le manifeste du refus
    global de 1948, et cela en trois temps historique.

    ier temps

    De 1960 à 1995, le projet de l’indépendance du K…uébec a constitué un attracteur
    permettant un rattrapage économique et social devant l’appel tourmenté de la sirène de la
    modernité nord-américaine, la primauté des droits collectifs sur les droits individuels
    devenant le ciment social essentiel à cette quête de mieux-être.

    2eme temps

    En 1995, la rupture épistémologique fut en fait rendue inévitable par la naissance
    d’internet (1989) et la chûte du mur de Berlin (1989),ce qui rendit dramatique la chûte
    du mur ethno-linguistique du référendum Parizeau

    3eme temps

    De 1995 à aujourd’hui, le K…uébec comme le reste du K…anada est passé d’une société
    verticale pré-internet à une société horizontale post-internet (cellulaires, facebook,
    twitter etc…)ce qui a eu pour conséquence l’accentuation d’une tendance lourde des
    droits individuels primant sur les droits collectifs.

    CONCLUSION

    Ma démarche de créateur d’une nouvelle définition de ce qui constitue une nation au
    21eme siècle s’inscrit dans la suite de la ligne de ruptures des pensées de Montesquieu
    (séparation des pouvoirs) Lammenais (nation = langue, race, religion) Wilfrid Laurier
    (les droits avant la langue, la race et la religion) et Frank Scott (le pays oeuvre d’art
    étant le but visé par des vies privées oeuvres d’art).(www.demers.qc.ca, chansons de
    Pierrot, paroles et musique, 2eme partie de l’entrevue à la radio de radio-Canada de
    Sept-îles.

    Si la plus grande liberté de toutes consiste à réformer son existence, condition
    préalable à toute réforme sociale, on peut donc définir le rêveur équitable de la façon
    suivante: toute personne qui prend la décision de prendre soin du rêve d’une autre
    personne sans intérêt personnel caché, qu’importe sa race, sa langue ou sa religion.

    En ce sens, c’est la masse critique de vies privées oeuvres d’art (une vie privée oeuvre
    d’art, c’est toute personne qui utilise son passé comme un coffre d’outil pour sculpter
    un rêve équitable au service du bien commun) qui permettra un jour le surgissement d’un
    concept nation qu’on appelle, la nation oeuvre d’art.

    Pierrot
    ermite des routes.

    p.s.

    si tu viens voir la projection de mon documentaire
    je serais très honoré de te serrer la main:)

  • 6. Gérard Cadieux  |  July 4, 2011 at 7:52 pm

    La pire chose qui peut arriver à un philosophe c’est :

    Qu’un professeur de philosophie médiocre (Pierre Rochette) dénature sa philosophie sur le rêve pour se partir une « gagne ».

    Je ne pensais pas vivre cela de mon vivant!

    Pierre Rochette a bénéficié d’un accès privilégié à mon processus de création. Il aurait pu faire le choix de faire le bien, en le fessant bien! Il a plutôt choisi la facilité de la tricherie malgré les enseignements que je lui ai donnés.

    Moi, Gérard Cadieux créateur de la philosophie du Wow et auteur du livre ” Le Prince a réussi” tiens à me dissocier des activités de “Rêveur équitable” et de ses exploitants.

    Le tout étant fait sans mon consentement.

    Puisse le fatum rattraper les tricheurs et tenir loin de vous les tueurs de rêves! Wow-T=G3 (wow moins la tricherie égale le génie au cube)

    Gérard Cadieux

    Créateur de la philosophie du Wow décrite dans le livre “Le prince a réussi”

    Est-ce que le « numérique » facilitera les impostures ?

  • 7. luxe annonces  |  February 5, 2012 at 7:45 am

    $author Merci pour le post

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